Les scientifiques affirment que les dauphins devraient être traités comme des « personnes non-humaines »

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Les scientifiques affirment que les dauphins devraient être traités comme des « personnes non-humaines »

Ceux qui suivent régulièrement ce blog le savaient déjà… Mais là ce sont des scientifiques qui le clament haut et fort dans un article du Times Online : les dauphins possèdent une intelligence telle qu’ils devraient être traités comme des “personnes non-humaines”.

Les scientifiques affirment que les dauphins devraient être traités comme des “personnes non-humaines”

Les scientifiques affirment que les dauphins devraient être traités comme des 'personnes non-humaines' - Photo du TimesOnline

les dauphins sont depuis longtemps considérés comme l’une des espèces animales les plus intelligentes, mais beaucoup de chercheurs les considéraient comme inférieurs aux chimpanzés

les dauphins viennent d’être proclamés “espèce animale la plus intelligente après l’homme”, les scientifiques suggérant que cette intelligence devrait leur valoir d’être traités comme des “personnes non-humaines”.

Les études sur les comportements des dauphins ont souligné combien leur modes de communications sont similaires à ceux des hommes, mais également le fait qu’ils sont plus brillants que les chimpanzés. Ces études se sont appuyées sur des recherches anatomiques montrant que les cerveaux des dauphins possèdent beaucoup des caractéristiques associées à une intelligence supérieure.

Les chercheurs affirment que leur travail montre qu’il est moralement inacceptable de garder des animaux aussi intelligents dans des parcs d’attraction ou de les tuer, que ce soit pour les manger ou par des accidents lors des pêches. Quelques 300 000 baleines, dauphins et marsouins meurent chaque année de cette manière.

“Beaucoup de cerveaux de dauphins sont plus volumineux que les nôtres, et ils arrivent en second, après ceux des humains, lorsque l’on corrige leur masse proportionnellement à la taille du corps”, affirme Lori Marino, zoologiste de l’Université Emory à Atlanta en Géorgie, qui a utilisé des scans IRM pour cartographier les cerveaux des espèces de dauphins et les comparer à ceux des primates.

“La neuroanatomie indique une continuité psychologique entre hommes et dauphins, ce qui a des conséquences majeures du point de vue éthique sur les interactions entre les deux espèces”, ajoute-t-elle.

les dauphins sont depuis longtemps considérés comme une des espèces les plus intelligentes, mais beaucoup de chercheurs considéraient leur intellect comme inférieur à celle des chimpanzés – dont certaines études ont montré qu’ils pouvaient atteindre le niveau d’intelligence d’un enfant de trois ans. Cependant, une série d’études comportementales a récemment montré que les dauphins, en particulier les Grands dauphins, avaient toutes les chances d’être les plus intelligents. Les études montrent que les dauphins ont des personnalités distinctes, un fort sens de soi, et qu’ils sont capables de se projeter dans le futur.

Il est désormais évident qu’ils sont des animaux “culturels”, ce qui signifie que de nouveaux types de comportements peuvent rapidement être appris d’un dauphin par un autre.

Dans une des études, Diana Reiss, professeur de psychologie au Hunter Collège, à l’Université de New York, a montré que les Grands dauphins pouvaient se reconnaître dans un miroir et l’utiliser pour inspecter différentes parties de leurs corps, une capacité qu’on a longtemps cru réservée aux hommes et aux grands singes.

Dans une autre étude, la scientifique a découvert que les animaux captifs avaient également la capacité d’apprendre un langage rudimentaire basé sur les signes.

Une autre étude a encore montré que les dauphins pouvaient résoudre des problèmes difficiles, tandis que ceux vivant dans la nature coopéraient d’une manière qui implique des structures sociales complexes et un haut niveau de sophistication émotionnelle.

Dans un cas récent, on a enseigné à un dauphin échoué à nager sur sa nageoire caudale durant sa convalescence dans un delphinarium en Australie.

Après sa libération, les scientifiques ont été stupéfiés de voir le tour se répandre au sein des dauphins sauvages qui l’avaient appris de leur congénère anciennement captive.

Il y a beaucoup d’exemples similaires, par exemple concernant la manière dont les dauphins vivant sur les côtes de l’Ouest de l’Australie ont appris à maintenir des éponges sur leurs rostres pour le protéger lorsqu’ils cherchent des poissons enfouis dans le sol marin.

Ces observations, au même titre que celles montrant, par exemple, comment les dauphins peuvent coopérer avec une précision militaire pour encercler des bans de poissons et les manger, a soulevé des questions à propos des structures cérébrales sous-tendant de tels comportements.

La taille n’est qu’un facteur parmi d’autres. Les chercheurs ont découvert que la taille du cerveau varie énormément : de 3,175 kg pour les plus petits cétacés tel que le dauphin du Gange à plus de 8,5 kilos pour les cachalots, qui possèdent les plus grands cerveaux de la planète. Les cerveaux humains, en comparaison, vont de 900 grammes à 1,8 kilos, tandis que celui du chimpanzé fait environ 340 grammes.

Cependant, lorsqu’il est question d’intelligence, la taille est moins importante que la taille rapportée à celle du corps.

Marino et ses collègues ont découvert que les cortex et néocortex cérébraux des grands dauphins était si larges que “les ratios anatomiques qui évaluent les capacités cognitives les placent en second après les cerveaux humains”. Ils ont également montré que le cortex cérébral des dauphins tels que le Grand dauphin avait les même circonvolutions qui sont intimement liés avec l’intelligence humaine.

Ces circonvolutions augmentent le volume du cortex et la capacité des cellules neuronales à s’interconnecter. “Malgré qu’ils aient évolué sur une trajectoire neuroanatomique différente de celles des humains, les cerveaux des cétacés présentent plusieurs caractéristiques corrélées à une intelligence complexe”, explique Marino.

Marino et Reiss présenteront leur découvertes le mois prochain à la conférence de San Diego, en Californie, en concluant que la preuve nouvelle de l’intelligence des dauphins rend moralement répugnant le fait de les maltraiter.

Thomas White, professeur d’Ethique à l’Université Loyola Marymount de Los Angeles, qui a écrit une série d’études universitaires montrant que les dauphins devraient avoir des droits, interviendra dans la même conférence.

“Le recherche scientifique

[…] indique que les dauphins sont des “personnes non-humaines” qui remplissent les conditions pour atteindre le rang moral d’individus”, affirme-t-il.

Source :

TimesOnline : “Scientists say dolphins should be treated as ‘non-human persons’”

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Créateur du blog Les Dauphins, co-fondateur de La Dolphin Connection, et créateur du site et des formations en ligne e-Action.

4 Comments

  1. Laurent 4 janvier 2010 at 16 h 03 min - Reply

    Je ne doute pas une seconde de la grande intelligence des dauphins, mais une petite chose gênante dans l’article du Times c’est les « plus intelligent » dispersés partout. Plus intelligent, ça ne veut rien dire, c’est l’Homme qui décide de ça et on ne peut pas dire qu’on soit très objectif.
    Absolument toutes les caractéristiques citées dans l’article ont déjà été observées chez d’autres animaux, y compris soit disant « moins évolués », notamment chez les oiseaux de la famille des Corvidés : on sait que la corneille utilise des outils de façon complexe (en les transformant pour les adapter à son usage), en labo comme dans la nature, et que la pie sait se reconnaître dans un miroir.

    Quoiqu’il en soit, le problème est que l’Homme se croit trop supérieur au reste du règne animal pour se considérer simplement comme une espèce parmi les autres, que l’évolution a par *chance* dotée des capacités génétiques (et des conditions environnementales) nécessaires à un tel développement. Rappelons que les hommes isolés sur des îles avec peu de ressources et aucune espèce domestiquable en étaient encore à un stade précédant la découverte du feu il y a encore peu de temps.
    C’est donc un problème général d’humilité : nous ne sommes qu’une espèce de mammifères parmi tant d’autres.

    Parler de « personnes » pour les autres espèces semblent avoir des avantages et des inconvénients : sans doute que ça pourrait faire prendre conscience de notre place, mais également limiter notre respect aux seules espèces intelligentes, ce qui n’est pas suffisant. Il s’agit plutôt d’apprendre le respect du vivant que le respect de l’intelligence.

  2. Pierre 4 janvier 2010 at 20 h 00 min - Reply

    Commentaire intéressant Laurent. Cependant, ton argument concernant la multiplicité des exemples de comportements intelligents (on devrait plutôt dire : « de comportements rappelant ceux qui nous semblent fonder la spécificité de l’homme« ) dans l’ensemble du règne animal peut s’appliquer à l’homme lui-même…

    En poussant le raisonnement à l’absurde : Si les autres animaux présentent des comportements intelligents, pourquoi devrait-on donner à l’homme une place spécifique et des droits particuliers ? Après tout, il n’est qu’un animal parmi tant d’autres.

    De mon point de vue, la question présentée dans cet article est avant tout éthique et juridique. Soit on va dans le sens de l’extension des droits, soit on va dans le sens de la restriction des droits. Or, personne ne dira : « Puisque les dauphins sont aussi intelligents que nous, traitons-nous les uns les autres comme nous traitons les dauphins ».

    Bien qu’au cours de l’histoire de l’humanité les hommes se soient effectivment traités les uns les autres comme nous traitons aujourd’hui les dauphins, aucune personne sensée ne sera d’accord pour revenir en arrière dans ce processus historique d’extension des droits (aux Noirs, aux femmes, par exemple).

    La seule alternative éthiquement justifiable, c’est donc de continuer le processus d’extension des droits.

    Mais qu’est-ce qui fonde ce processus depuis, disons, l’époque des Lumières ? Ce n’est pas le fait d’avoir une sensibilité, de se tenir debout, de respirer, encore moins d’être tout simplement vivant.

    Ce qui fonde à l’heure actuelle, le critère de l’extension des droits c’est la possession d’une intelligence équivalente à celle que nous reconnaissons chez les personnes humaines (autrement dit, la possession de ce que les Philosophes des Lumières auraient appelé « la Raison »).

    Si je devais formuler ce critère, cela donnerait quelque chose de ce type : « Tout être vivant possédant des caractéristiques intellectuelles, comportementales et cognitives équivalentes à celles des êtres humains doivent se voir accorder des droits équivalents. Au premier lieu desquels : le droit à la vie et le droit à la liberté. »

    Que cet être vivant soit un dauphin ou un extraterrestre, peu importe !

    Ce qui fonde l’argument éthique en question dans cet article, ce n’est donc pas le fait que les dauphins soient « les plus intelligents des animaux après l’homme ». C’est le fait qu’ils possèdent les mêmes caractéristiques que ce qui nous fait appeler un homme « un Homme ». Autrement dit, le fait qu’ils possèdent les attributs d’une personne.

    Or, sur un plan philosophique, quels sont les attributs d’une personne ? Je ne prétends pas avoir la réponse définitive, mais ils me semblent que ces attributs forment un faisceau, un agrégat : conscience de soi, personnalité individuelle, langage complexe, culture, etc. Un ensemble de choses qui, sans doute, sont corrélées entre elles et n’apparaissent qu’à un certain degré d’évolution cognitive.

    Je ne sais plus qui l’a dit mais, sachant que tu es biologiste, je pense que tu entendras bien l’argument : dans un environnement restreint, il n’y a qu’un nombre restreint d’adaptations possibles. C’est ce qui explique les convergences anatomiques par exemple. Pourquoi un requin et un dauphin se ressemblent-ils autant malgré leur grande différence biologique ? Parce qu’ils ont évolués dans un milieu similaire. Les convergences psychologiques, cognitives ou neuroanatomique s’expliquent de la même manière. Pourquoi un homme et un dauphin se ressemblent-ils autant ? Car ils ont évolué dans un milieu similaire (groupe social, nécessité de coopération, etc.).

    Il me semble que c’est ce que les évolutionnistes appellent une convergence anagénétique.

    De mon point de vue (moniste), l’explication est tout à fait valable. De plus, je ne pense pas que l’homme soit le seul être intelligent sur terre. L’intelligence (sociale, émotionnelle, etc., etc.) est une réponse naturelle à un milieu donné (le milieu étant à la fois l’environnement physique, l’environnement interspécifique et l’environnement intraspécifique – dans lesquels s’effectuent la sélection naturelle et la sélection sexuelle).

    L’évolution a fait que les dauphins et les hommes sont arrivés à un stade de développement similaire de leur « intelligence ». S’ils n’avaient pas des types de langage complètement différents, ils pourraient, je le crois bien et comme le dit Ken LeVasseur, discuter entre eux au niveau de l’adulte humain.

    On pourra toujours discutailler de la subjectivité du faisceau que je donnais plus haut – et à juste titre ! – il n’empêche qu’il nous permet de constater l’existence d’une personne, d’un Autre, d’un individu comparable à une personne humaine dans sa sensibilité, son intelligence, sa compréhension de son environnement et du monde dans lequel il vit.

    En d’autres termes, il nous permet de constater l’existence d’un Egal.

    C’est sur la base de cette égalité que nous devrions lui accorder des droits similaires à ceux que nous considérons comme nos égaux (les hommes).

    Ce critère d’égalité peut paraître arbitraire (il l’est en quelque sorte), puisqu’il se base sur une égalité d' »intelligence » ou de « Raison ». Ce critère n’est pas la sensibilité, ni le fait de respirer ou d’être vivant. (Remarquons que cela pourrait être le cas. Par exemple, les antispécistes radicaux définissent la sensibilité comme étant le seul critère d’extension des droits. Comme tout critère de distinction, il a également quelque chose d’arbitraire. Tout comme on peut se demander « qu’est-ce que l’intelligence », on peut se demander « qu’est-ce que la sensibilité ? » Qu’est-ce qui nous dit que les plantes et les bactéries, elles aussi, ne sont pas sensibles (elles le sont d’ailleurs, d’une manière ou d’une autre, j’en suis persuadé) ? On pourrait dans ce cas arguer du fait que le critère de l’extension des droits est tout simplement le fait d’être vivant – ce qui ne nous laisserait comme seul choix éthique (basé sur notre raison, justement) que l’extinction volontaire de l’espèce humaine par le refus de s’alimenter de quoi que ce soit de vivant.)

    Le processus d’extension des droits est un processus historique. Il est possible qu’il s’étende. Peut-être un jour la plupart des gens reconnaîtront-ils la sensibilité comme le critère de l’égalité. Peut-être que plus tard la vie elle-même sera reconnue comme le critère de l’égalité (si toute notre énergie vient in fine du soleil, on aura peut-être trouvé le moyen de s’en nourrir directement :)).

    Ceci étant dit, tu comprendras que je ne pense pas que donner des droits de la personnes aux dauphins ait quoi que ce soit à nous apprendre sur nous-mêmes. Si nous décidons de les considérer comme des personnes (ce que faisaient les Grecs dans l’Antiquité par exemple), c’est pour eux, et pas pour nous. C’est parce que, d’un point de vue éthique, cette position nous paraît la seule qui soit valable. C’est en tout cas mon point de vue d’antispéciste « modéré ».

    Enfin, parce que nous avons déjà eu l’occasion d’en parler, notamment à l’occasion de la conférence sur The Cove, je crois que ce texte/commentaire (un peu brouillon, désolé pour le foisonnement des idées !) résume bien pourquoi je considère le dauphin comme un animal « pas comme les autres ». Parce que tout comme certains peuples de l’antiquité, je pense qu’il est l’équivalent marin de l’homme : derrière des traits différents, c’est la même « humanité » que l’on retrouve.

  3. Christian 5 janvier 2010 at 0 h 23 min - Reply

    A mes yeux, les raisonnements présents dans cet article du Times (merci Pierre pour la traduction) n’ont guère de sens …
    Voici quelques idées pour contribuer au débat.

    1. « Intelligence » : de quoi parle-t-on ?
    Dans toutes ces études, le concept d’intelligence n’est envisagé par ces chercheurs que par rapport à l’humain. C’est l’humain qui donne à la fois la définition, les critères et les instruments de mesure. C’est assurément très limitatif, très partial, très anthropocentré, et fort éloigné de ce que nous avons appris en étudiant les principes fondamentaux de la méthode scientifique !

    1bis. « Sensibilité » : de quoi parle-ton ? … Réponse idem.

    2. Pourquoi un animal serait-il plus digne d’attention et d’intérêt parce qu’on lui attribue une intelligence quasi-humaine ? Étonnant postulat, là aussi ! Encore une fois, voilà un raisonnement auto-validé sans risque car délibérément anthropocentré.

    3. Le critère « Taille du cerveau », avec sa variante « Masse du cerveau par rapport à la masse totale du corps » trouve vite ses limites …
    Scientifiquement, on ne voit pas pourquoi les gros organismes ont (ou devraient), avoir un cerveau plus gros que les petits. Le cerveau d’un éléphant pèse entre 4 et 6 kg. Par rapport à la masse corporelle, l’éléphant a le plus petit cerveau, alors que la souris possède le plus grand. Quant au poulpe, il pulvérise tous les ratios : c’est un cerveau sur des tentacules …
    Avec ce critère, on arrive très vite aux âneries développées par les anthropologues du 19ème siècle mesurant et comparant les cranes et les cerveaux des « sauvages », comme on disait à l’époque. Dans le même temps, d’autres démontraient que les femmes avaient un plus petit cerveau que les hommes … Étaient-elles capables du même raisonnement ? Pouvaient-elles maîtriser leurs émotions, leur « hystérie » (mot dérivé de hyster = utérus). Fallait-il leur donner des droits ? (de vote ?). En remontant encore, certains s’étaient même demandé si elles avaient une âme …

    4. Au total, comme le suggère Pierre, qu’est-ce qui nous permet d’affirmer que les plantes et les bactéries, elles aussi, n’ont pas une forme d’intelligence (évidemment pas en la mesurant avec notre instrument de mesure définitivement consacré comme l’unique et le meilleur !).
    Qu’est ce qui nous permet d’affirmer que les végétaux ne sont pas sensibles (ils le sont, j’en suis persuadé, lisez Jean-Marie Pelt président de l’institut européen d’écologie : « Les Plantes : amours et civilisations végétales »).

    Ainsi, la question des « droits » me paraît fondamentalement faussée. Nous voulons bien envisager d’accorder des droits mais seulement si c’est nous qui définissons la règle du jeu ! Quoi de plus confortable que d’être à la fois juge et partie, arbitre et gratificateur ?
    De mon point de vue, le seul critère *incontestable* de l’attribution de droits devrait reposer tout simplement sur l’appartenance au règne vivant.

    C’est (paradoxalement) la raison pour laquelle je ne suis pas végétarien. Mais je me soigne en essayant de réfléchir … et j’ai régulièrement une pensée pour la plante qu’on arrache alors qu’elle porte la vie. Je m’interroge sur la possible souffrance de la carotte qu’on épluche avant de la croquer, et j’invite parfois (quand je suis en forme :-)) mes amis végétariens et végétaliens à élargir ainsi leur raisonnement.

    5. Au total, cet article contribue encore une fois à valoriser les dauphins sur un mode anthropocentré, ce qui suscite pour eux un intérêt qui atteint vite l’irrationnel et conduit à de graves dangers.
    Nous avons tous un jour rencontré des « delphino-intégristes » pour lesquels « le dauphin est bien plus intelligent que l’homme et vaut cent fois plus que lui ».

    Cet engouement pour les dauphins, entretenu de tant de manières, est une cause majeure de leur malheur. Braquer le projecteur sur les dauphins « si gentils » et « si intelligents », loin de tendre à leur attribuer des droits, conduit tout droit aux delphinariums.
    Si les dauphins ne commettaient pas (bien involontairement) le « délit de belle gueule », s’ils donnaient pas l’impression artificielle de perpétuellement sourire, et surtout si on ne valorisait pas autant leur côté « presque humain », Flipper n’aurait jamais eu le moindre succès, les gradins de Marineland et de Seaworld seraient vides et ces parcs ne seraient jamais devenus les gigantesques machines à fric basées sur la soufrance animale et la bêtise humaine qu’ils sont.

    Si les dauphins étaient pourvus d’une intelligence « quasi-humaine » et de facultés d’apprentissage, nous ne nous désolerions pas de les voir se prendre *bêtement*, par dizaines de milliers chaque année, dans les filets de pêche où ils vont se nourrir.

    Après les avoir vus si souvent, en pleine mer, faire des bonds de plusieurs mètres hors de l’eau, nous ne nous étonnerions pas (ça reste inexpliqué) de leur résignation à attendre la mort sans pouvoir franchir pour s’échapper une petite barrière de flotteurs dans la baie de Taïji …

    Parmi d’autres convergences, rappelons simplement (ça calme …) que les dauphins mâles, comme d’autres animaux supérieurs (grands félins, ours polaires), tuent parfois leurs petits pour pouvoir féconder plus vite les femelles. Pendant ce temps, au Soudan, des hordes d’humains en uniforme violent de jeunes futures mamans qu’ils éventrent ensuite en rigolant …
    L’enfer est pavé de bonnes intentions …

    Christian.

    « Les animaux ne demandent pas qu’on les aime. Ils exigent seulement qu’on leur foute la paix » (Théodore Monod, scientifique, explorateur et naturaliste. 1902-2000).

  4. Pierre 5 janvier 2010 at 4 h 35 min - Reply

    Jean-Marie Pelt a écrit de très bons bouquins sur les plantes et c’est effectivement à son œuvre que je pensais !

    Ceci étant, cela n’enlève rien aux réflexions éthiques (dans lesquelles ne rentrent pas en compte les questions d’épistémologie, ou alors seulement de manière très marginale) qui sous-tendent le débat et orientent les déclarations de ces scientifiques (avec lesquelles je suis à 100% d’accord ! :D).

    L’obstacle épistémologique, s’il y en a un, tient justement à notre anthropocentrisme. Depuis Descartes, nous avons dénié toute intelligence aux animaux, sous prétexte que si les moins « parfaits » d’entre eux ne sauraient avoir de « raison », aucun d’entre eux ne saurait en avoir. Il n’en a pas toujours été ainsi (voir par exemple ce que Montaigne disait des animaux). Il faut donc prendre garde à ne pas confondre la cause et la conséquence. Ce n’est pas parce que l’on reconnaît des qualités « humaines » à des animaux que l’on fait preuve d’anthropocentrisme. A la limite, on fait preuve d' »intellectocentrisme » – une démarche qui me semble néanmoins mieux fondée qu’un quelconque « nociceptiocentrisme ».

    Dire d’un être vivant qu’il constitue une « personne » parce qu’il est « doué de raison » – qu’il s’agisse d’une femme, d’un Noir, d’un extraterrestre ou d’un dauphin – traduit une démarche de moralisation des rapports qu’on entretient avec elle, ce qui doit nécessairement ce traduire de manière juridique si on veut qu’elle devienne effective. On peut juger cette démarche mal fondée, certes, mais encore une fois, il s’agit d’une question de philosophie (plus précisément d’une question d’éthique). Pour ma part, je la vois comme l’héritage des Lumières, qui ont fait de la « Raison », la source de l’égalité entre les hommes.

    Cette « Raison » n’a d’abord été accordée qu’aux hommes libres. Pas aux femmes (qu’on considérait comme irrationnelles). Pas aux autres « races » (puisque les choses étaient conçues comme ça à l’époque).

    Pourtant, au fil de l’histoire, cette égalité a été étendue à tous les humains. Aujourd’hui, je ne vois pas de raison objective à refuser que cette extension continue, non plus aux hommes, mais à d’autres espèces. A la condition, bien sûr, qu’on puisse montrer avec certitude que ces dernières possèdent les qualités qui font une « personne ».

    Le fond du problème, concernant les dauphins, c’est donc de savoir si on pense qu’ils possèdent ces qualités ou non. Pour moi, tout comme pour ces scientifiques, c’est (quasiment) indubitable. Mais après, chacun possède sa propre opinion.

    Quoi qu’il en soit, reconnaître à une espèce animale autre qu’humaine l’accession à des droits de la personne constituerait une petite révolution. Cela ne ferait aucun cas de « mal » pour à ces animaux. Bien au contraire, la captivité des dauphins deviendrait aux yeux de chacun une abomination – et ne parlons même pas des massacres !

    Une telle reconnaissance de droit impliquerait également de changer la manière dont on pêche, ce qui ferait un bien incommensurable à l’écologie marine et à tous les êtres marins – il n’y a pas que les cétacés à se faire prendre dans les filets !

    Ainsi que l’affirmait Joëlle Proust dans l’un de ses bouquins : les dauphins sont les animaux les mieux qualifiés pour rentrer dans la « communauté des égaux » défendue par le Great Ape Project. Reconnaître une égalité de ce type constituerait – au bas mot ! – la plus grosse claque affligée à l’anthropocentrisme depuis Darwin.

    Après, il y a sans doute d’autres espèces très intelligentes sur cette terre – je n’en doute pas. Mais leurs intelligences sont étrangères à la nôtre. La particularité du dauphin, c’est justement qu’il nous ressemble énormément, tant dans leurs comportements que dans leur capacités d’abstraction. Si on veut un jour accorder des droits à quelque animal, c’est donc bien par eux qu’il faut commencer. Quoi que veuille dire le mot « intelligence », il me semble indubitable qu’ils en sont pourvus à un degré comparable à la nôtre.

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