Narnia et les orques russes

Narnia et les orques russes

Au cours de ces dernières années, la Russie a alimenté les delphinariums du monde entier avec des bélugas et à nouveau, avec des orques. C’est un marché d’avenir, car le commerce international de cétacés vivants a toujours le vent en poupe, tant pour remplacer les victimes mortes en captivité que pour alimenter de nouveaux établissements.

En 2013, la Russie s’est accordé un quota de dix prises pour les orques. Narnia ayant été arrachée à son pod en 2012, 3 nouvelles captures sont encore attendues.  

27 octobre

Orque russe

C’est avec grande tristesse que je dois vous annoncer qu’une nouvelle capture d’orques vient d’avoir lieu : 4 individus ont été capturés quelque part dans la région de l’île de Sakhaline, au sud de la mer d’Okhotsk, en Russie extrême-orientale, par la même entreprise qui a capturé Narnia en 2012 et 3 autres orques en août dernier. Au total, il y a maintenant 8 orques qui nagent en rond dans cet enclos russe ».
Eric Hoyt (message transmis sur le réseau Cetacean Freedom Network)

17 Octobre 2013

Pour avoir passé bien du temps avec les orques de cette région, je me sens personnellement et professionnellement déprimé par ce développement du marché.

La capture de 3 nouvelles orques eu lieu à la mi-août en Mer d’Okhotsk –cette gigantesque mer intérieure à l’extrême orient de Russie, non loin de la Mer du Japon. Les détails nous parviennent aujourd’hui par bribes : trois orques ont été prises par une équipe de capture russe, la même sans doute que celle qui avait capturé une femelle dans la même région à la même période l’an passé. Depuis 2012, cette juvénile re-baptisée Narnia a nagé seule dans un petit enclos de fortune près de Nakhodka (région de Vladivostok), en attendant que l’on décide de son sort. Des rumeurs persistantes laissent entendre qu’elle serait destinée au futur delphinarium géant de Moscou.

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Comme l’indique le site russianorca.com et la page Facebook russianorca, les trois orques nouvellement capturés sont un jeune mâle, une femelle juvénile et une femelle mature. Il s’agirait d’orques «transient», qui se nourrissent de mammifères marins. La plupart des orques de cette zone géographique le sont. Aucune information ne permet en revanche d’estimer la taille initiale du pod ou la famille dont ils ont été enlevés de force.

Les trois cétacés ont été transportés par camions sur plus de 1000 km au sud, vers l’enclos près de Nakhodka dans la région de Vladivostok. Quand Narnia a rencontré ses nouveaux compagnons de cellule, les trois captifs auraient été en si mauvais état après le transport qu’ils refusaient de manger. Les dresseurs ne pouvaient pas les forcer. C’est finalement Narnia elle-même qui a tenté de leur venir en aide. Elle a apporté du poisson aux trois détenus et le leur a donné.

Ce n’est pas la première fois qu’un cétacé prisonnier vient au secours d’un autre dans de telles circonstances. Dans mon livre « Orca: the whale called killer », j’ai raconté l’histoire de « Charlie Chin » (M1), un gros mâle transient du Pod M, qui a encouragé une femelle à manger du saumon après plus de 2 mois de jeûne, alors qu’un 3ième troisième membre de ce pod cosse ayant vient de mourir de faim. A cette époque (1970), nous ne connaissions rien encore s orques du type transient ni que les poissons ne faisaient pas partie de leur régime alimentaire habituel.

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Parmi les quatre orques maintenues à Nakhodka, figurent un  mâle de 8 ans et une femelle de 4. Ils semblent avoir été  proposés à la vente à l’étranger. Selon certains rapports, un parc marin chinois serait intéressé.

Cela nous laisse Narnia et la femelle adulte récemment capturée. On envisage de les expédier à Moscou en novembre pour intégrer le vaste aquarium qui se construit actuellement dans le All-Russia Exhibition Centre. La femelle adulte destinée à Moscou semble être la mère des deux plus jeunes, sur le point d’être exportés en Chine. S’ils sont séparés, l’industrie de la captivité aura brisé une fois de plus une autre famille d’orque.

Il s’agit de la quatrième capture d’orque connue dans les eaux russes. Outre la capture de Narnia en 2012 et celle de 3 épaulards cette année, une orque a été également été capturée près de la rivière Amour dans la mer d’Okhotsk en 2010. Elle a réussi à s’échapper du filet au beau milieu de la nuit.

Dès 2002, le delphinarium d’Utrish avait tenté de capturer un épaulard au large du Kamtchatka, mais ce n’est que le 26 septembre 2003, que son équipe a réussi à encercler de 32 à 37 orques résidentes type du Pod Hooky et Humpy ainsi que d’autres groupes connus, identifiées par les chercheurs de notre projet Far East Russia Orca Project (FEROP), soutenu par la WDC, Animal Welfare Institute et la Humane Society International. Nous avons été bouleversés d’apprendre que durant cette opération, une jeune femelle s’était empêtrée dans les filets, étouffée et noyée. Un jeune de sexe inconnu était également pris dans les mailles mais on ignore s’il a survécu.

Un troisième orque, une femelle, a été hissée sur le pont du navire. Elle est restée neuf jours dans un caisson pour parcourir les 1270 km jusqu’à l’Utrish Marine Station sur la mer Noire. La malheureuse est morte seulement 13 jours après son arrivée, en date du 19 octobre 2003. La cause officielle de son décès est une pneumonie avec abcès, due à la bactérie Pseudomonas, mais nous soupçonnons que le stress d’être séparée de sa famille et de subir un tel voyage en est en partie responsable.

Peu de temps après ces captures dans les eaux de l’Est du Kamchatka, plus aucun quota de capture ne fut accordé pour cette zone. Le fait qu’il était alors sans doute plus facile de capturer les orques de la Mer d’Okhotsk que celles du Kamtchatka, plus dispersées et moins nombreuses, a bénéficié aux populations locales.

Au cours de ces dernières années, cependant, la mer d’Okhotsk semble alimenter les delphinariums du monde entier avec les bélugas et à nouveau, les orques. Bien plus de bélugas que d’orques ont été pris. C’est le seul endroit où ces deux espèces peuvent être capturées en même temps. Le commerce international de cétacés vivant a le vent en poupe, tant pour remplacer les victimes mortes en captivité que pour alimenter de nouveaux établissements.

Tout cela produit des effets très largement inconnus sur les populations sauvages. Nous savons que certaines populations d’orques qui ont été capturés dans le nord-ouest États-Unis et au Canada bénéficie aujourd’hui d’un statut d’espèce en voie de disparition, en partie du fait des captures intensives qu’elles ont subies il y a 40 ans.

Pour cette raison, les chercheurs de FEROP et d’autres associations russes ont recommandé que les quotas de prises annuelles soient réduits de 10 à 0 pour les orques. Ils ont également demandé que des évaluations détaillées soient menées à propos des deux types de populations présentes dans les eaux russes. L’argument de FEROP était que les orques ne peuvent plus être envisagées gérés comme une seule espèce parce que les résidents et les hauturiers (ou transients) sont deux entités distinctes. Ceci a été mis en avant comme une recommandation de la commission écologique de l’Etat et nous saurons bientôt si l’Agence fédérale des pêches l’accepte et délivre un quota nul.

Dans le monde, 48 orques sont maintenus en captivité. Certaines d’entre elles y sont nées. Quand cesseront donc ces captures et ces spectacles de cirque ? Réponse probable: quand le public refusera de visiter les SeaWorld, Marineland et autres entreprises commerciales similaires qui exhibent ces grands mammifères sociaux. La captivité des cétacés est interdite en Inde, à Chypre, en Slovénie, en Croatie, au Chili et au Costa Rica. Quelques autres pays tels que le Royaume-Uni ont mis fin à cette pratique mais ne l’ont pas interdite. Les captures de dauphins ou d’autres n’ont plus cours dans les eaux de l’Europe, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Amérique du Nord et du Sud, à l’exception de Cuba et du Honduras.

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Les individus capturés proviennent principalement du Japon et de la Russie. Ils sont envoyés principalement vers trois pays: la Russie elle-même, avec ses 17 delphinariums, le Japon qui en compte 54 et la Chine, qui en a 50 mais envisage d’en ouvrir d’autres rapidement. Les USA ont « seulement » une poignée de parcs marins, parmi lesquels  la chaîne mondiale des aquariums de SeaWorld, qui a vu baissé le nombre de visiteurs et ses profits au premier semestre de 2013. La France, l’Espagne et quelques autres pays (comme la Belgique) possèdent encore des installations qui enferment des cétacés vivants, mais l’énorme croissance de cette industrie s’est déplacée depuis l’Ouest, où elle a pris son essor dans les années 50 et 60, vers l’Orient.

Après avoir passé 40 ans à mener des recherches scientifiques sur les baleines et les dauphins dans leur habitat naturel et à les observer dans plus de 50 pays, je crois fermement que ces animaux sont trop grands, trop sociaux, trop sauvages que pour être maintenus en isolement. Les regarder vivre libres et heureux dans leur monde, depuis un bateau ou un guet terrestre, est quelque chose d’infiniment plus mémorable et excitant que ce qui est proposé par n’importe quel parc d’attractions.

Pas plus que les baleines et les dauphins, le Grand Canyon, les volcans du Kamtchatka ou les plaines du Serengeti ne peuvent être et ne devraient jamais être exhibé dans un décor de parc d’attractions. Au lieu d’attendre qu’elles arrivent à nous et d’être nourris à la cuillère, si nous voulons voir les merveilles de la nature, nous devons les rencontrer selon leurs termes. Profitez des baleines et de dauphins dans les films, les livres ou sur youtube. Offrez-vous des vacances spéciales pour aller les voir en mer, mais laissons les là-bas vivre leur vie libre et sauvage.

Eric Hoyt.
Traduction YG

Whale and Dolphin Trafficking Heads East

En savoir plus :

Les cétacés de Moscou

Les bélugas du Georgia Aquarium

Russian orcas

48 orques de trop

About the Author:

Auteur du site Dauphin Libre et responsable de Free Dolphins Belgium, antenne de La Dolphin Connection en Belgique.

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