Le dernier refuge pour les orques meurtries d’Europe

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  • Les orques viennent aux fjords de Kvaløya pour se nourrir de harengs

Le dernier refuge pour les orques meurtries d’Europe

Les orques d’Europe ont séduit le public lors de la diffusion de la série « La Planète Bleue » de la BBC mais ces animaux sont menacés d’extinction.

Chris Gibson s’est rendu sur la petite île Norvégienne de Kvaløya où les orques restent fortement présentes. Mais pour combien de temps ?

C’était lors de l’un de ces moments où le groupe d’orques retient les harengs dans des bulles de plus en plus serrées pour les piéger vers la surface de l’eau. Elles agissent comme un groupe de chasseurs avant de déployer leur arme secrète : elles frappent si fort les poissons qu’ils sont étourdis ou ils meurent. L’histoire derrières ces clichés est encore plus remarquable.

Ces orques ont été filmées dans les majestueux fjords Norvégiens. Ces lieux sont maintenant parmi les rares endroits en Europe où vous pouvez voir un groupe d’orques.

“La Planète Bleue 2” a montré les orques en train de taper les poissons avec leur nageoire caudale pour les étourdir

“La Planète Bleue 2” a montré les orques en train de taper les poissons avec leur nageoire caudale pour les étourdir

La population des orques décroit rapidement partout en Europe.

Elles ont disparu de la Méditerranée et de la Mer du Nord. Ailleurs, il ne reste plus que 8 orques au Nord-Ouest de l’Ecosse et seulement 36 autres au niveau du détroit de Gibraltar. D’après les scientifiques, elles sont vouées à l’extinction à cause des produits chimiques fabriqués par l’homme.

Ce déclin alarmant explique pourquoi les touristes et les biologistes marins affluent vers les fjords tout autour de Kvaløya.

Kvaløya se trouve dans le Cercle Polaire, à proximité de la ville de Trømsø. C’est la région des Aurores Boréales, des montagnes enneigées et de la faible lueur hivernale. C’est également un lieu d’observation particulièrement spectaculaire.

Ces baleines à bosse peuvent engloutir 100kg de poisson en une seule bouchée

Ces baleines à bosse peuvent engloutir 100kg de poisson en une seule bouchée

Une baleine à bosse annonce sa présence avec un « geyser » sortant de son évent – une sonorité qui rappelle l’ouverture d’une section d’instruments à vent d’un orchestre. Un groupe d’orques entre alors en scène. Elles glissent avec grâce dans les eaux glacées.

Marcus Åhlund est un guide touriste qui passe plusieurs heures en mer sur son bateau tous les jours et souvent avec des températures très basses. Mais il est toujours aussi ravi de voir le groupe d’orques. Marcus vit à Kvaløya et explique avec un grand sourire que le nombre d’orques ici est actuellement au plus haut.

Mais il sait que les photographies si adulées par ses passagers et leurs souvenirs ne sont pas garanties.

« Nous pensions que nous les avions perdues » dit-il. « L’île porte le nom des baleines (Kvaløya) parce qu’elles ont toujours été ici mais pendant 70 ans elles ont abandonné l’île. Ce n’est que depuis 5 ans qu’elles sont revenues. »

Marcus Åhlund reconnaît que la situation est fragile

Marcus Åhlund reconnaît que la situation est fragile

Les habitants et les scientifiques se grattent la tête après leur retour.

Cela n’a pas de sens alors que la population des orques ailleurs en Europe est sur le déclin. Fredrik Broms, un biologiste marin et photographe local, pense que l’explication est simple : leur alimentation.

Les orques suivent leur nourriture (les bancs de harengs) comme les humains passant en voiture au Drive. « C’est l’un des plus grands délires de la nature: le hareng a changé d’itinéraire, il a commencé à revenir ici et les baleines suivent » dit-il.

Les scientifiques pensent que ces orques Norvégiennes s’en sortent beaucoup mieux que leurs cousins ​​du sud en raison de leur régime alimentaire. À Kvaløya et au nord de la Norvège, les baleines se gavent presque entièrement de harengs. Ces petits poissons se nourrissent de plancton et elles sont donc moins exposées à un groupe toxique de produits chimiques connus sous le nom de PCB (polychlorobiphényles).

Cependant, en Méditerranée et autour des îles Britanniques, les orques mangent de plus grands poissons se trouvant en haut de la chaîne alimentaire et contenant donc plus de PCBs. Ces produits chimiques nocifs étaient autrefois utilisés dans les engins électriques, les peintures et les retardateurs de flamme.

Ils ont été largement utilisés dans la construction de bâtiments, mais ont été interdits dans les années 1970 en raison de leur effet toxique sur les humains et les animaux. Cependant, les produits chimiques créés par l’homme se sont infiltrés dans la mer et s’accumulent dans l’organisme des principaux prédateurs.

Voici quelques points indicateurs concernant l’utilisation des PCBs :

  • Les polychlorobiphényles ont été fabriqués dans les années 20
  • Interdites aux USA en 1979, au Royaume-Uni en 1981 et dans le reste de l’Europe
  • L’Europe en a produit 300 000 tonnes de 1954 à 1984
  • Environ 90% d’entre eux doivent encore être détruits ou stockés en sécurité
  • Les PCB ont été utilisés dans la construction BTP, en particulier dans les scellants
  • Ils remplissent les espaces entre les blocs de béton des bâtiments
  • Depuis, plusieurs constructions ont été démolies
  • Les décombres étaient enfouis dans des décharges et même utilisés pour les digues en bord de mer
  • Des PCB ont été trouvés dans des fluides de refroidissement des appareils électriques
  • Aussi dans les fluides de coupe pour les opérations d’usinage, et copie sans carbone
  • Aujourd’hui, seule la Corée du Nord fabrique toujours des polychlorobiphényles

« Beaucoup de ces PCBs, nous ne savons pas combien, n’ont pas été éliminés et fuient lentement dans les rivières et les estuaires, à partir des décharges, et finalement dans l’environnement marin, » a expliqué le Dr Paul Jepson, vétérinaire spécialiste de la faune de la Zoological Society de Londres (Royaume-Uni). Les produits chimiques progressent ensuite petit à petit dans la chaîne alimentaire et dans les principaux prédateurs marins, où ils s’accumulent dans la graisse des cétacés.

Une fois qu’une baleine accumule un niveau suffisamment élevé de ces produits chimiques toxiques, leur chance de se reproduire devient inexistante. Les PCBs rendent essentiellement les orques stériles.

Les chercheurs ont analysé des échantillons prélevés sur plus de 1000 orques et dauphins dans les eaux Européennes. « Nos résultats révèlent que, malgré l’interdiction et le déclin initial de la contamination de l’environnement, les PCBs persistent encore à des niveaux dangereusement élevés chez les cétacés Européens » a expliqué le Dr Jepson. Les niveaux sont plus élevés que ceux trouvés dans les cétacés dans les eaux autour de l’Amérique et ailleurs.

A présent, Paul Jepson fait équipe avec le programme d’investigation des cétacés du Royaume-Uni et le conseiller scientifique en chef du DEFRA, le professeur Ian Boyd, pour demander une action plus efficace. « Nous appelons le Royaume-Uni et d’autres gouvernements européens à faire un inventaire des PCBs dans les joints utilisés dans les grands bâtiments construits dans les années 1950-1980, » a déclaré le ZSL. « Des procédures pourraient également être appliquées lors de la démolition de ces bâtiments pour s’assurer que les PCBs soient capturés et éliminés correctement – suivant l’exemple de certains pays scandinaves. »

Deux orques

De retour à Kvaløya, le groupe d’orques apparemment en bonne santé continue à danser dans l’eau. De temps en temps, leurs nageoires dorsales cassent la marée, ressemblant à une flotte de sous-marins.

Mais avec plus de BPC se retrouvant dans les eaux de l’Arctique, leur temps pourrait-il être compté?

« Les PCBs ont diminué dans l’Arctique – mais au cours des 5 à 10 dernières années, leur concentration s’est stabilisée ou a même augmenté dans certaines espèces arctiques comme les ours polaires et les épaulards, ce qui est très inquiétant » a déclaré le Dr Jepson.

Alors que le bateau d’excursion commence à revenir vers la côte, Fredrik Broms tente de photographier frénétiquement les orques autant que possible.

« Il est si facile de savoir qu’une baleine a été blessée, comme lors d’une collision avec une hélice de bateau ou avec un filet de pêche, mais il est plus difficile de savoir ce qui se passe dans son organisme… quels produits chimiques sont là. »

Article édité par la BBC, traduit en Français par La Dolphin Connection.

Source et photographies : http://www.bbc.com/news/science-environment-41864515

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